terça-feira, 31 de março de 2015

Paris n'a pas de centre – Marília Garcia


















“paris n’a pas de centre”
elle m’a dit pendant la promenade
mais je voudrais raconter
quelque chose d’autre
je voudrais raconter
ce qui s’est passé hier
au coin de la rue
notre-dame-de-lorette

j’écris en français
parce que je veux écrire
un poème littéral
j’ai demandé à une amie à moi
qui s’appelle érica zíngano
de le traduire en portugais
nous arrivons à un accord:
c’est un poème littéral
ce sera une traduction littérale

la première fois
que je suis venue en france
j’ai acheté un livre
de jacques roubaud
et je sortait avec ce livre
comme s’il était une espèce de guide de paris
et je suis allée aux lieux citées
par jacques roubaud
je suis allée au
9ème arrondissement
le quartier où il habite
et je suis allée voir
la joconde de e. mérou
c’est pas la joconde
qui est au louvre
mais la joconde “à deux pas
de sacre-cœur”
jacques roubaud
donne ses instructions
pour la voir:

“les vrais amateurs
pour voir la joconde
ne vont pas au bout du monde
ni même au louvre
ils vont au coin de la rue
de la rochefoucauld et de la rue
notre-dame-
de-lorette
ils entrent dans le café
elle est là.

[...]

le tableau est sur le mur
beige et crème
le cadre est beige et crème et un peu orange
la toile est signée
de la main même de l'artiste
e.
mérou.
c’est la joconde.
la joconde de mérou.”

ainsi
j’ai décidé d’y allée
mais mon souvenir de ce jour
n’est pas clair
je me souviens
de m’asseoir au café
je me souviens
d’une vieille dame à gauche
qui buvait un thé et regardait
son chat dans un sac
je me souviens d’avoir cherché
jacques roubaud partout
mais je ne l’a pas vu

au préface que roubaud a écrit
pour l’édition française de galaxies
il raconte qu’un jour
en se réveillant
il a ouvert la fenêtre de la chambre
et il a vu
ce jour-là il était un très beau temps              
et le soleil brillait
il a regardé par la fenêtre
et il a vu au balcon de l'hôtel
devant son bâtiment
haroldo de campos
qui était en train de dire bonjour

j’ai toujours songé
de cette rencontre
ce jour-là je regardait
par le vitre du café
les bâtiments devant le café
peut-être jacques roubaud
pourrait-il apparaître
dans une des ces fenêtres
“quelle heure est-il?”
quoi?
c’était la dame à gauche
qui me demandait l’heure
je ne savait pas
ce jour-là je n’a pas vu
jacques roubaud
pour moi ça c’est clair
mais je ne me souviens plus
si j’ai vu ou pas
la joconde de
e. mérou

13 ans se sont passés
je suis à paris de nouveau
c’est la fin d’année
cette fois-ci leo est avec moi
comme toutes les touristes à paris
on veut voir la joconde
comme toutes les touristes à paris
on va voir la joconde
mais pas la joconde au louvre
on va voir la joconde
de e. mérou
on va voir la joconde
de roubaud

on prend un dimanche
et on y va
en arrivant je me rends compte
que le café s'appelle café matisse
pour voir la joconde à paris
d’après jacques roubaud
il fallait aller au café matisse
mais c’est dimanche
l’un des derniers jours de l’année
il fait froid
et le café est fermé

ils se sont passés 20 jours
l’année 2015 a commencé
et je décide d’y aller
encore une fois
je décide d’y aller
en marchant
et en me promenant

je prends une rue vers le nord de paris
elle est pleine de passages
je prends la rue saint-denis
ensuite le boulevard poissonnière
et le faubourg montmartre
celle-ci est aussi pleine de passages
je décide de traverser les passages
c’est tôt           je me promène
j’aurais le temps d’arriver
au café matisse
je pense

je commence à travesser
les passages     je fais un va-et-vient entre eux
passage du grand-cerf
passage du bourg-l’abbé
passage du caire
passage des panoramas
“paris n’a pas de centre”
elle m’ai dit
paris est pleine de passages

j’écris ce poème en français
parce que je veux écrire
littéralement
j’ai demandé a un amie
érica zíngano
de le traduire en portugais
nous arrivons à un accord:
c’est un poème littéral
ce sera une traduction littérale
on traverse ensemble
toute cette histoire

j’étais donc dans un passage
qui s'appelait panoramas
elle a plusieurs branches
soudain je ne vois plus la sortie
je suis dans un autre temps
je vois l’hôtel chopin
je vois un chien ailé
et je vois le musée grévin
où il y a un palais des mirages
maintenant cette ville
est un mirage je pense
maintenant
je me suis devenue
un mirage aussi

je me promène
mais je ne sais plus
quelle direction prendre
où est la sortie? je demande
je suis dans un labyrinthe
ce passage       est plein de sorties
quelqu’un me dit
j’essaye de sortir madame
où doit-je aller?
une vieille dame de cire
me dire où aller
et enfin je trouve la rue

je sors
et il a commencé à neiger
il fait froid
je ne sais plus où je suis
je regarde la carte
c’est drôle
j’ai retourné quelques rues
je suis entrée dans un passage
et je suis sortie
quelques rues avant
c’est peut-être un mirage
il fait froid maintenant
il neige et la ville commence
à être une ville blanche
et je ne sais plus
où sommes nous

peut-être
c’est à cause du palais des mirages
je pense
et j’essaye de trouver
le faubourg montmartre
pour aller encore une fois
vers le nord
j’espère que cette mirage
ne dérange pas
mon poème littéral

après quelques pas en faux
je trouve la rue notre-dame-
de-lorette
et je décide de faire un petit vidéo
d’enregistrer la monté de la rue
je suis une touriste
je vais enregistrer la joconde
c’est comme ça

à ce moment-là
leo veut parler avec moi
mais il me regarde
et regarde la caméra
et il ne parle pas pendant
l’enregistrement
je lui demande quoi?
et il dit
je peux pas parler maintenant
on n’est pas seuls ici
je veux savoir
ce qu’il va me dire
mais il ne parle pas
à cause de la caméra

on monte la rue
j’enregistre les gens
les cafés les voitures la neige
les bâtiments   et on marche en silence

quand on est presque en haut
presque en montmartre
on arrive au coin de la rue
rochefoucauld et la
notre-dame-de-lorette
le café matisse est là
et le café matisse est ouvert
on a traversé la ville je dis

au comptoir
deux femmes nous regardent
et elles disent
au même temps
bonjour
sont-elles jumelles?
je me demande
elles se ressemblent
elles parlent ensemble
elles ont le cheveux
très court
elles ont
un tablier identique
je dis leo sont-elles jumelles?
il me regard en doute

j'arrête de filmer
je veux lui demander
ce qu’il voulait me dire
pendant qu’on montait la rue
mais maintenant
on cherche la joconde
et on regarde les murs
comme des privés
la salle est pleine
de tableaux
mais elle n’a pas
de joconde
elle n’a que
des reproductions de matisse
c’est le café matisse
c’est évident
mais la joconde sera-t-elle là aussi?
ou nous nous sommes
trompés de café?

on s’assoit
on demande deux cafés
une des jumelles
apporte les cafés
et nous regarde
je veux lui demander
si ceci est le café
de la joconde de e. mérou
mais nous sommes des touristes
je ne veux pas qu’elle pense
que nous cherchons la joconde
je ne peux pas lui demander

on boit les cafés
et je veux lui demander
où est la joconde
je ne veux pas qu’elle pense
que nous cherchons la joconde
mais si
nous sommes des touristes
et nous cherchons la joconde

donc je lui demande
un fondant au chocolat
elle nous dit
avec la crème anglaise?
et nous ne savons pas
qu’est-ce que c’est
la crème anglaise
mais nous en voulons
quand même

et ensuite
rouge d’honte
je lui demande
s’il vous plaît madame
j’ai une question à vous poser
il y a un poème
qui raconte que
au coin de la rue rochefoucauld
et la notre-dame-de-lorette
il y avait un café
et que dans ce café
il y avait un tableau
de la joconde
signé de la main du artiste e. mérou
vous savez si c’est ceci?

elle me regarde
elle ne comprends pas très bien
elle me demande
un poème?
et elle me demande
est-ce un poème très ancien?
et je dis non
c’est un poème contemporain
je prends mon portable
je montre le poème
de jacques roubaud
à la jumelle du café matisse
et elle me dit
un moment
je vais me renseigner

elle prend mon portable
elle va parler avec sa soeur
elle lui montre le portable
elles parlent entre eux
elles rient entre eux
elles nous regardent
ensemble

elle vient et me dit
oui le café est ceci
et la joconde était là
mais la propriétaire
a récemment fait une reforme
elle a changé le café
et l’a transformé
au café matisse
avec ces matisses
que vous voyez
bon c’est à cause de cela
qu’elle a pris la joconde
et l’a emporté chez elle
qui habite en haut

la jumelle a dit ça
avec un sourire
et elle a retourné au comptoir

à ce moment précis
j’ai regardé par le vitre du café
le bâtiment en face
et j’ai vu haroldo de campos
au balcon du hotel
en train de dire au revoir

je crois que cette vision
décrit bien ce que j’ai traversé ici
pendant que j’écrivais
ce poème littéral
en outre
j’espère que cette mirage
ne derange pas
mon poème littéral
comme toutes les touristes
tout ce que je voulais
était voir la joconde

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* a versão traduzida pela érica zíngano pode ser lida aqui.